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Preisträger : Jean-Jacques Annaud

 

 

Rede Claude Martin

Rede zur Preisverleihung an Jean-Jacques Annaud am 3. Mai 2004

Claude Martin war bis 2007 französischer Botschafter in Deutschland.

Cher Jean-Jacques Annaud, Cher Prof. Groebel, Monsieur le Maire, Monsieur Hahn-Cremer et Mme Droste-Deselaers, Monsieur Mojto, Chers amis,

C’est une grande joie pour un Ambassadeur de France de recevoir, dans le pays où il exerce, l’un des plus talentueux réalisateurs français dont la réputation internationale est immense. Je suis donc reconnaissant au Maire de Aachen et aux différentes autorités du land d’accueillir aujourd’hui notre réunion en ces lieux.

Cher Jean-Jacques Annaud, vous êtes un familier de l’Allemagne. Nous avons eu l’occasion de vous y accueillir souvent. Votre passage au Cameroun, où vous avez vécu au moment de votre service militaire, vous a beaucoup marqué, et vous a conduit à tourner en Afrique votre premier film « La victoire en chantant », en 1976. Vous deviez déjà, dans ce film, parler de la transposition de la guerre en Europe en 1915 dans des postes coloniaux où Français et Allemands n’entretenaient pas les meilleures relations. Vous deviez revenir sur le thème de la guerre mondiale, la seconde, et retracer l’affrontement des Allemands et des Russes, quelque 30 ans plus tard. Et malgré ces sujets délicats, je crois que vos relations avec l’Allemagne se sont plutôt caractérisées par la confiance que l’on vous a toujours accordée dans ce pays et par le soutien régulier que vous avez pu trouver à vos projets.

C’est, en effet, la rencontre avec des producteurs allemands ayant toute confiance en votre talent, qui vous a conduit à vivre quelques mois du côté de Munich dans les années 80 pour préparer « Le nom de la rose » et quelques temps à Berlin, bien plus tard, lors du tournage de Stalingrad, en 1999. J’espère que vous aurez l’occasion de nous parler aujourd’hui de vos expériences de tournages en Allemagne.

Mais pour l’heure, je voudrais profiter de l’occasion qui m’est donnée pour évoquer ce qui nous frappe, tous, me semble-t-il, quand nous considérons l’ensemble de votre oeuvre. C’est votre audace, votre courage, votre capacité à mener à bien des projets que d’autres trouveraient, ou trouvent d’ailleurs, impossibles et fous. C’est votre capacité aussi à vous écouter vous-même et à prendre vos distances avec les goûts et les verdicts du moment, pour vous fier seulement à vos instincts et vos désirs.

Vous avez, grâce à votre extrême endurance et votre tenacité, réussi à monter et mener à bien les projets les plus ambitieux avec des tournages rendus difficiles par les conditions climatiques ou par les zones à risques que vous aviez choisies. De « La guerre du feu » où vous avez déplacé des équipes du Kenya en Ecosse et fait tourner vos personnages pieds nus par –10°, au tournage de « l’Amant » où la chaleur et l’absence d’infrastructures en bon état après 30 ans d’enfermement du Vietnam, compliquaient le tournage, ou encore plus récemment au Cambodge avec « Deux frères », où il ne « suffisait pas de devoir » dompter et dresser une trentaine de tigres, mais où il fallait aussi veiller à ce que les lieux de tournages soient parfaitement déminés.

Comme un chercheur très consciencieux, vous vous êtes toujours documenté avec une extrême précision en préparant vos scénarios et avant de commercer vos tournages. Lors « Du nom de la Rose », le grand médiéviste Jacques Le Goff et son équipe de sept chercheurs ont vérifié la conformité des 3000 dessins du story board et permis la réalisation de décors fidèles au XIVème siècle.

Nous sommes ici dans la ville où vécut Charlemagne et où il mit en place une cour dans laquelle vivaient des esprits éclairés. L’éducation et la savoir y étaient des valeurs importantes. Vous avez, je crois démontré, que pour réussir dans ses ambitions, il valait mieux voir grand, tout en étant précis et rigoureux. Je crois que des étudiants en cinéma sont présents dans cette salle, entendront cet appel et seront, j’en suis sûr, marqués et encouragés par votre exemple. Vous êtes l’un des rares Européens qui ait été immédiatement été reconnu par l’Amérique, qui vous a attribué un Oscar du meilleur film étranger dès le début de votre carrière.

A travers des films qui ont traité de l’homme et de la nature, quelques soient les époques et leurs rapports, vous avez touché des sujets universels, qui, ont fait le succès de vos films et vous ont valu une immense popularité.

Je ne peux que me réjouir que le Prix Charlemagne pour les médias européens vous soit remis aujourd’hui, à vous qui avez su si bien travailler avec nos amis allemands. Je vous souhaite de mener encore à bien pour notre plus grand bonheur de nombreux défis cinématographiques et vous remercie de votre venue à Aachen aujourd’hui.

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